L’importance du plaisir dans le fonctionnement psychique

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Dans un bar enfumé, un homme fixe son verre d’alcool avec l’avidité d’un naufragé devant une goutte d’eau. Chaque gorgée lui apporte un soulagement immédiat, une chaleur trompeuse qui dissipe un instant le poids du monde. Mais à mesure que le liquide brûle sa gorge, une autre faim se réveille, insatiable, vorace. Le plaisir s’efface pour laisser place à une course sans fin, une fuite en avant où chaque satisfaction appelle un manque plus grand encore.

Le plaisir semble être une douce caresse, une suspension éphémère du tumulte intérieur. Pourtant, dans son excès, il bascule vers une jubilation plus violente, une jouissance qui consume au lieu d’apaiser. La frontière est mince entre ce qui détend et ce qui dévore, entre la modération et l’abîme. Dans une époque où la quête du bonheur est dictée par l’accumulation des sensations, une confusion s’installe. Cherche-t-on une simple satisfaction ou une intensité sans mesure ?

Entre la retenue et l’explosion, entre le cadre et la transgression, une tension se joue. Reste à comprendre comment apprivoiser ce feu sans s’y brûler.

L’ivresse oscille entre réconfort et abîme, entre désir et perte. (Image générée par DALLE d’OpenAI)

Le plaisir comme réduction d’une tension préalable

Le plaisir naît d’un déséquilibre, d’une tension qui cherche à se dissiper. Il est ce soulagement fugace obtenu lorsqu’un besoin trouve sa réponse : la faim calmée par un mets savoureux, la fatigue effacée par un sommeil profond, l’angoisse atténuée par une étreinte familière. Cette mécanique simple régit les corps et les esprits, influençant les comportements les plus fondamentaux. Mais ce soulagement a un revers : il s’efface dès qu’il est atteint, appelant à une nouvelle quête.

Dans cette logique, le plaisir ne peut être qu’éphémère. Il ne s’inscrit pas dans la durée mais dans la succession des moments où une tension cède. Chaque satisfaction devient ainsi le prélude à une autre attente, une autre frustration, un autre désir. La promesse du plaisir ne tient qu’à sa disparition imminente, et c’est là que le piège se referme.

Différence entre plaisir et jouissance

Si le plaisir apaise, la jouissance, elle, dépasse cette fonction. Elle ne cherche pas seulement à calmer une tension, mais à la prolonger, à l’exacerber jusqu’à l’excès. Là où le plaisir se contente de baisser l’intensité d’une sensation, la jouissance vise à la porter à son paroxysme, quitte à frôler la douleur. Elle est cette frontière ténue où le plaisir devient insatiable, où son objet n’est plus qu’un prétexte à la montée en puissance de l’expérience.

Dans l’ivresse, le jeu compulsif, l’obsession du succès ou la quête effrénée de performance, la jouissance s’installe en reine exigeante. Elle ne tolère pas la mesure, elle exige toujours plus, jusqu’à l’épuisement. Contrairement au plaisir, qui reste une mécanique de soulagement, la jouissance installe une tension continue, poussant l’individu à dépasser les limites du supportable.

Le plaisir pris sur la jouissance pour éviter la flambée de cette dernière

Face à l’embrasement que peut entraîner la jouissance, une stratégie s’impose : en prélever une part, la découper en segments maîtrisables, l’inscrire dans un cadre. Toute civilisation repose sur cette régulation. L’art du plaisir consiste à le contenir, à lui donner une forme, à lui imposer un rythme mesuré. Ainsi, le vin est savouré au lieu d’être englouti, l’amour se danse au lieu de se dévorer, le jeu devient un divertissement et non une compulsion.

Celui qui sait faire avec le plaisir sans basculer dans la jouissance ruineuse apprend à rester au plus près de cette énergie sans s’y brûler. Il joue avec le feu sans être consumé, créant un équilibre fragile mais essentiel. L’enjeu n’est pas de renoncer, mais d’orchestrer cette énergie, d’en faire un moteur sans qu’il ne devienne un incendie.

Confusion entre plaisir et bonheur dans nos sociétés modernes

Notre époque entretient une illusion pernicieuse : celle de confondre le plaisir avec le bonheur. Le bonheur, notion insaisissable, se voit réduit à une accumulation de plaisirs immédiats, comme si l’addition de moments agréables suffisait à créer un état durable de satisfaction. Cette équation trompeuse pousse à la consommation effrénée, au divertissement permanent, à la recherche incessante de stimuli.

Mais le bonheur ne se laisse pas capturer ainsi. Il ne réside ni dans l’excès ni dans la fuite en avant. Il se tisse dans les interstices du désir, dans l’acceptation des manques, dans la capacité à jouir sans être assujetti. En confondant plaisir et bonheur, les sociétés modernes condamnent à une quête sans fin, déçue d’avance.

La course effrénée vers le plaisir ou la dérive vers la jouissance ruineuse

Lorsqu’un individu ne sait plus différencier plaisir et jouissance, il bascule dans une recherche effrénée qui finit par le dévorer. Certains courent après des plaisirs de plus en plus sophistiqués, refusant l’ennui, l’attente, la frustration, et se retrouvent prisonniers d’un vide insatiable. D’autres, au contraire, plongent dans la jouissance brute, s’y abandonnent jusqu’à l’auto-destruction.

Les dépendances, qu’elles soient aux substances, aux sensations ou aux succès, illustrent cette incapacité à réguler le rapport au plaisir. Celui qui ne sait plus s’arrêter, qui ne tolère plus la limitation, se condamne à l’épuisement. À force de vouloir prolonger l’extase, il en détruit l’essence même.

Faire avec la limitation ou la loi pour rester au plus près d’une jouissance civilisée

Paradoxalement, c’est en acceptant une limite que l’on peut véritablement jouir. Une jouissance civilisée n’est pas synonyme de privation, mais d’un accord subtil avec le réel. La loi, loin d’être un carcan, permet d’éviter la démesure destructrice. Elle inscrit le plaisir dans une forme supportable, où il ne devient ni tyrannie ni abîme.

Celui qui sait faire avec la contrainte peut jouir pleinement, car il donne un cadre à son désir. Il comprend que la frustration n’est pas un ennemi, mais une condition pour que le plaisir demeure possible. Il apprend à danser avec ses limites, à les contourner sans les nier, à les intégrer sans s’y soumettre.

Article créé avec la collaboration de ChatGPT d’OpenAI